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Valeria Docampo

Valeria Docampo, illustratrice

Illustratrice

La passion de Valeria Docampo pour l’illustration trouve sa source dans la vie de tous les jours : les enfants, le regard d’un chien, la forme des arbres, le bruit de la pluie en automne ou les arômes du petit déjeuner. Née à Buenos Aires en Argentine, elle étudie les Beaux-Arts et est diplômée en Graphic Design & Visual Communication de l’Université de Buenos Aires, où elle a d’ailleurs enseigné. Depuis 2003, elle se consacre à l’illustration de livres pour enfants, toujours à la recherche de nouvelles techniques graphiques. Elle a notamment publié plusieurs albums en espagnol avant de croiser sur son chemin Alice Jeunesse, qui lui propose d’illustrer les beaux textes d’Agnès de Lestrade qui ont vu naître La grande fabrique de mots et Tout au bord. Elle est également l’illustratrice de La Vallée des Moulins.

Bibliographie :

L’interview Je dirais même plus magazine

Née à Buenos Aires en Argentine, Valeria Docampo y étudie les Beaux-Arts et obtient un diplôme en design graphique. Depuis 2006, elle se consacre à l’illustration de livres pour enfants.

Quelles ont été les étapes charnières de ton parcours ?

Valeria : Par où commencer…Sur le plan professionnel, j’ai le sentiment que toutes les étapes sont décisives et que chaque livre est un grand défi. Tout a commencé en 2008 quand nous avons réalisé La Grande Fabrique de Mots. A cette époque je ne parlais pas un mot de français et j’ai dû demander de l’aide pour comprendre le manuscrit. La vie a fait qu’aujourd’hui je vis en France et j’ai une fille de nationalité française.
Juste après l’édition de ce livre, Agnès m’avait envoyé un manuscrit intitulé La petite fileuse de brume. J’ai travaillé sur ce livre par intermittence pendant presque 9 ans. J’ai cherché pendant tout ce temps comment raconter cette histoire qui, selon moi, est le meilleur manuscrit que j’ai reçu de toute ma carrière. J’aimais tant ce texte qu’à un moment donné j’ai même pensé qu’il pourrait se passer de mes illustrations et être publié sans images. Suite à la naissance de ma fille, j’imagine qu’une partie de ma propre brume s’est dissipée, ce qui m’a permis de trouver comment illustrer ce livre.

Comment trouves-tu l’inspiration pour tes projets ?

Valeria : Quand je démarre un nouveau projet, la première chose que je fais c’est lire et relire le manuscrit encore et encore, jusqu’à ce que j’oublie que je n’en suis pas l’auteure. D’une certaine manière, les sensations que j’éprouve remplacent les mots. Je commence ensuite à imaginer comment exprimer ces sensations dans un autre langage.
Pour trouver le langage adapté à chaque livre, l’inspiration peut venir de n’importe où, d’une conversation, d’une photo, d’une lumière captée à un moment donné de la journée, d’un rêve, d’un souvenir… Je n’ai pas d’endroit précis où je sais que je vais trouver l’inspiration. Elle peut me manquer et ne pas venir pendant longtemps. Entre-temps, je fais beaucoup d’esquisses, de recherche de couleurs, de prises de notes. Mais je crois que les meilleures idées me sont presque toujours venues dans la baignoire, en prenant mon bain, je ne sais pas pourquoi…
Une fois l’inspiration trouvée, il y a beaucoup à faire. Je compare chaque livre à un petit film dans lequel je dois créer tous les personnages, les lieux, choisir l’éclairage, les angles de vue, le rythme, la musique. Étant également designer graphique, je me charge aussi de choisir la typographie et le design éditorial. Trouver l’harmonie entre tous ces éléments prend beaucoup de temps. Une fois les idées claires, il me faut 8 semaines pour peindre les dessins originaux, les scanner, les retoucher si besoin, faire la mise en page et envoyer le tout à l’éditeur.

Comment se passe la relation entre un·e auteur.trice et un·e illustrateur·trice ?

Valeria : Je dirais que c’est une relation plutôt platonique. En général, je ne connais pas personnellement mes auteurs. Et on ne travaille pas non plus en équipe. Cela peut paraître étrange mais je pense que cette distance est nécessaire pour que le résultat final ne s’apparente pas à une entente entre deux auteurs mais plutôt à un dialogue à deux voix, ponctué de pauses ou de silences qui invitent le lecteur à rentrer lui aussi dans ce dialogue.
Je crois que c’est aussi une relation basée sur le respect et la confiance.

Que peux-tu nous dire de tes nombreuses collaborations avec Agnès de Lestrade, toujours réussies ?

Valeria : Tout dépend de ce que l’on entend par réussite. De mon point de vue, un livre est réussi quand il a atteint ses objectifs et qu’il trouve son public. Dans ce sens, je crois que tous les livres que nous avons réalisés avec Agnès sont réussis. Certains livres comme La Grande Fabrique de Mots sont pensés pour un public très large, avec une histoire universelle. Ce livre a été sans aucun doute un succès, traduit dans plus de 20 langues, adapté en pièce de théâtre, etc.  Puis il y a des livres comme Tout au bord, au texte très poétique et donc plus exigeant. Il a pourtant reçu d’excellentes critiques et a beaucoup plu. J’espère que notre nouveau livre La fileuse de brume, une histoire intime et profonde, trouvera aussi son public.

Pourquoi aimes-tu travailler avec nous [Alice jeunesse] ?

Valeria : Car je me sens chez moi. Tous les livres réalisés ensemble sont à mes yeux comme des enfants, avec chacun leur caractère, mais tous sont nés de la liberté et de l’amour pour les livres. Parce qu’ils ont confiance en moi et me laissent le temps.
Parce que nous avons « grandi » ensemble et continuons de progresser ensemble.

Des anecdotes au sujet de tes créations ?

Valeria : Lorsque je travaillais sur le livre Tout au bord, c’était à un moment spécial de ma vie, pendant lequel je devais dépasser ma peur d’être mère. Le père de ma fille dit que ce livre est rempli de références à la maternité. Ce ne fut pas mon intention, mais je pense qu’il a raison.
L’année prochaine nous fêterons les 10 ans de la première publication de La Grande Fabrique de Mots. Pendant tout ce temps, j’ai reçu des centaines de mails provenant du monde entier, avec des anecdotes de personnes qui avaient choisi les mots « cerise, poussière, chaise » pour déclarer leur flamme.

Une histoire que tu rêves d’illustrer ?

Valeria : Une histoire qui parle de la lumière. Ce serait un projet en tant qu’auteur intégral, sans mots. Il y a aussi cette vieille histoire à laquelle je tiens beaucoup, où la nature est très présente, qui s’appelle Le Vent dans les saules.

As-tu des projets en cours pour la suite ?

Valeria : Je travaille actuellement sur la version album du ballet Le Lac des cygnes pour le New York City Ballet. Et j’ai un grand défi pour 2019 : celui de réaliser Alice au pays des merveilles pour Alice Jeunesse.

(source Je dirais même plus magazine, 3ème trimestre 2018)